Insérer facilement des émojis avec AutoKey sous Linux

Un billet rapide pour présenter AutoKey, et plus particulièrement la façon dont ce dernier peut simplifier l’insertion d’emojis et caractères unicode. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas AutoKey, le logiciel permet de créer des automatismes à partir de raccourcis claviers ou chaînes de caractères. Par exemple, il est aisé de faire en sorte que taper j@ insère votre adresse mail et j06 votre numéro de téléphone mobile. La possibilité d’exécuter des scripts (en Python) le rend potentiellement puissant.

Pour cette courte entrevue, c’est une fonctionnalité de base que nous allons utiliser, celle qui consiste à remplacer une chaîne de caractères par une autre, comme dans l’exemple précédent.

capture d'écran

Capture d’écran d’AutoKey

La capture précédente indique les étapes à suivre :

  1. Créer une nouvelle « phrase »
  2. Indiquer la chaîne de caractères qu’on souhaite obtenir
  3. Cliquer « Set » pour définir l’abréviation ou les abréviations déclenchant l’insertion de cette chaîne de caractères
  4. Choisir le mode de copier/coller qui servira à cette insertion. De mon côté, je dois utiliser Clipboard (Shift+Insert) pour que ça marche

Ainsi, en tapant simplement *thumbup*, j’obtiens : 👍

Une petite astuce bien pratique, également visible sur la capture, consiste à organiser ses « phrases » en dossiers et à attribuer une abréviation à un dossier. C’est le cas pour mon dossier « chiffres » qui se voit attribuer l’abréviation (x) et pour le dossier « main » qui a l’abréviation main. L’intérêt ? Une telle abréviation fait apparaître un menu contextuel présentant l’ensemble des phases contenues dans le dossier. L’insertion se fait alors en un clic :

capture d'écran

Menu contextuel déclenché par une abréviation

Cela s’avère pratique si on oublie le « code » (l’abréviation) d’un caractère peu utilisé.

À noter que AutoKey fonctionne avec X11, mais pas avec Wayland.

 

Présentation du clavier MessagEase

En préambule, je dois dire combien je trouve ça assez absurde de vouloir coller un clavier de type « azerty » sur un écran de la taille d’un smartphone. Une trentaine de touches sur un espace aussi réduit, ce n’est pas franchement ergonomique à mes yeux, et on utilise rarement ses dix doigts sur un tel dispositif…

Si malgré tout on arrive à plutôt bien s’en tirer au quotidien (quoique, hier encore, j’ai eu une réflexion de mon chef me disant qu’il était tout de même beaucoup moins efficace sur son smartphone que sur son ordinateur, à cause de ses « gros doigts ». Combien sont-ils comme ça ?), ce n’est qu’à l’aide de différentes fonctionnalités qui tentent de réparer ou contourner les problèmes posés par les claviers virtuels − par exemple en étant tolérant aux erreurs de frappe, à l’image de Fleksy − mais qui n’innovent pas vraiment, dans la mesure où le modèle de départ demeure celui du bon vieux clavier d’ordinateur. Quitte à paraître old school, j’estime l’utilisation du mode T9 sur 10 touches numériques auxquelles sont associées des caractères alphabétiques plus intelligente.

Heureusement, il y a des claviers qui tentent vraiment d’innover. J’ai en tête Minuum (qui certes conserve la logique « une lettre = une touche », mais bascule d’un classique mode « discret » à un mode « continu », puisqu’il s’agit plutôt de viser « à peu près » là où la lettre se trouve) et le clavier ici présenté, MessagEase.

Principe de base

C’est ce dernier qui a ma préférence, et je l’utilise depuis environ 2 ans, me semble-t-il. Son principe est de répartir lettres et signes de ponctuation sur 9 cases : un appui simple permet d’insérer les lettres les plus couramment utilisée dans la langue en cours (pour le français, les voyelles a e i o u et les consonnes n r s t) ; un geste (un glissement) permet d’insérer un autre caractère.

capture d'écran

Le clavier, dans sa version sans signe de ponctuation

Ainsi, pour insérer la lettre b, il suffit de glisser son doigt vers la droite depuis la lettre o (à peu près depuis son centre). Pour le f, il faut glisser en haut à gauche, depuis le s.

On comprend tout de suite la difficulté première du clavier : il nécessite un certain apprentissage ! Mais on découvre aussi rapidement un de ses plus grands avantages : être efficace avec un seul pouce (ou deux), à l’aide de mouvements courts, le clavier ne prenant pas toute la largeur de l’écran (en tout cas, tel que je l’ai configuré).

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Le clavier MessagEase dans une capture d’écran complète

En plus de ces simples « glissements » permettant d’insérer lettres ou signes de ponctuation, il faut préciser que d’autres gestes permettent un contrôle fin des caractères entrés. À titre d’exemple, dessiner un cercle sur l’une des 9 lettres principales permet de l’insérer dans la casse inverse de celle qui est représentée à l’écran. Pour les lettres insérées par un glissement, il suffira de procéder à un aller-retour pour faire de même.

Le clavier est entièrement personnalisable. Ainsi, si je ne me suis pas amusé à modifier l’emplacement des lettres, j’ai pu peaufiner l’accessibilité des autres caractères : les guillemets français (chevrons) ne sont pas, à l’origine, disponible sur la touche n, comme ils le sont sur la capture d’écran.

Enfin, MessagEase supporte la prédiction ; c’est toutefois sans doute l’une de ses limites, puisque la prédiction ne concerne que le mot en cours de frappe, et non pas le prochain mot.

De très nombreuses fonctionnalités

Manipulation du clavier

Le clavier MessagEase vient avec un nombre impressionnant de fonctionnalités, dont il est difficile de se passer si d’aventure on manipule un autre clavier. Quitte à tomber dans l’inventaire à la Prévert, je citerai notamment :

  • l’accès très aisé aux fonctionnalités couper/copier/coller, visible sur la touche « 123 »
  • le déplacement fin du curseur. J’adore ça : glisser à gauche ou à droite sur la barre espace permet de le déplacer d’un caractère dans le même sens. Un aller-retour déplace le curseur d’un mot entier. Glisser vers le haut depuis la lettre i, ou vers le bas depuis la lettre s, déplace le curseur verticalement
  • la sélection entière du texte en cours par un mouvement en forme de cercle sur la touche 123
  • la suppression de mots entiers, via un mouvement en forme de cercle sur la touche d’effacement
  • le basculement rapide d’une langue à une autre (aller-retour vers la gauche depuis la touche 123)

Fonctionnalités annexes

En plus de ces fonctionnalités relatives à la manipulation du clavier, il en existe qui viennent ajouter du confort supplémentaire. Je citerai ici le support de macros ou de groupes de macros :

  • la macro simple transforme une chaîne de caractères en une autre chaîne. Ainsi, si je tape « d5 », le texte inséré sera transformé en « dans 5 minutes »
  • le groupe de macros associe à une même chaîne un ensemble d’autres chaînes. Par exemple, en tapant « j@ », MessagEase me présente l’ensemble de mes adresses mails. En un appui, j’insère alors celle souhaitée

Comment bien débuter ?

Outre l’entraînement à pratiquer sur des petits jeux conçus pour ça, il y a quelques petits réglages qui peuvent simplifier l’apprentissage.

Un des risques quand on commence à utiliser MessagEase est d’insérer un caractère non souhaité. Plus haut, on peut voir sur les captures d’écran que MessagEase peut afficher ou cacher les signes non alphabétiques (un glissement vers le haut, depuis la barre d’espace, permet de basculer d’un mode à l’autre) ; or, il existe le mode Turbo Speed permettant de n’insérer que les signes présents à l’écran. Le taux d’erreur de « frappe » est ainsi grandement réduit.

Comme les développeurs ont bien fait les choses, on peut choisir quels signes doivent toujours être affichés (et donc accessibles à l’insertion), afin d’éviter de basculer sans cesse l’état d’affichage des signes non alphabétiques. Tout ces réglages se font dans la page des options avancées.

Comment se la péter grave ?

Utiliser MessagEase produit déjà son petit effet. Mais basculer en mode blank vous attire un respect éternel et absolu 😎

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MessagEase en mode blank

Vous pouvez activer ce mode dans les réglages, ou bien à la volée, en procédant à un aller-retour vers le haut, depuis la barre d’espace.

Un dernier conseil ?

Oui, lisez le how-to, c’est indispensable, très riche en renseignements. Il est intégré à l’application et se trouve dans les pages de réglages du clavier. Un moyen simple d’accéder à ces pages et de faire un appui long sur l’icône main (icône qui, par ailleurs, permet de modifier la taille du clavier et la visibilité de la barre de suggestions).

Quelles limites ?

Outre l’absence de prédiction du mot suivant, comme déjà évoqué, on peut regretter l’absence d’un mode flottant qui pourrait être pratique de temps en temps. Par ailleurs, s’il est possible de sauvegarder sa disposition personnalisée, je n’ai pas l’impression qu’il soit possible de sauvegarder ses macros. Ensuite, mais c’est tout-à-fait subjectif et secondaire, un petit coup de jeune au niveau de l’interface ne lui ferait pas de mal…

Enfin, j’ai un bug avec la barre d’adresse de Firefox et ses suggestions en cours de frappe, qui efface parfois les caractères.

Conclusion

Je n’ai pas mesuré ma vitesse de frappe mais je suis certain d’être plus rapide qu’avec les méthodes à la Swype (où on glisse sur les lettres d’un clavier complet pour former des mots) auxquelles je n’ai jamais accroché. Et si ma vitesse n’est peut-être pas si différente que celle qui est la mienne avec un clavier complet, MessagEase est nettement supérieur en confort en mode « une seule main, l’autre étant occupée à tenir un sac », et très efficace également en mode « deux pouces ».

Enfin, le mode blank présenté plus haut n’est pas que gadget : il permet vraiment d’insérer du texte sans être incité à regarder son clavier… Et finalement, le meilleur clavier n’est-il pas celui qui sait se faire oublier ?

(ouah, ça c’est de la conclusion 😎)